Aux Pays-Bas, l’adoption de Windows 11 par l’administration publique ne se fait pas sans remous. Face à des contraintes techniques et politiques, le pays mise désormais sur une distribution Linux conçue sur-mesure. Ce choix illustre une volonté forte de souveraineté numérique, loin des géants traditionnels.
Le projet DAWO, porté par le ministère de l’Intérieur néerlandais, est au cœur de cette transition. Il propose un poste de travail numérique autonome, basé sur NixOS, une distribution Linux peu commune mais déjà appréciée pour sa robustesse et sa modularité. C’est une démarche rare et ambitieuse, fixée sur l’indépendance logicielle.
Sur le terrain, huit communes testent aujourd’hui DAWO, souvent sur des ordinateurs réformés, incapables de faire tourner Windows 11 efficacement. Et malgré quelques ajustements nécessaires, le projet avance avec méthode — la version stable est attendue pour fin 2027, offrant un horizon clair à cette migration.
Pourquoi les Pays-Bas rejettent Windows 11 au profit de Linux
L’histoire prend une tournure politique dès 2025. Suite à des sanctions américaines contre la Cour pénale internationale, Microsoft aurait coupé l’accès à sa messagerie au procureur Karim Khan. Quoi qu’il en soit, cela a mis en lumière une inquiétude majeure : comment gérer des services critiques quand la dépendance à des solutions étrangères est totale ?
Pour un pays comme les Pays-Bas, cette situation n’est pas acceptable. Le numérique doit pouvoir rester un outil souverain. C’est précisément le défi que relève DAWO, le Digitaal Autonome Werkomgeving Overheid. Ce poste de travail repose sur NixOS, connu pour sa configuration scriptée et son implacable répétabilité des environnements. Chaque poste est ainsi contrôlé ligne à ligne et reste reproductible à l’identique.
Cette méthode systématique n’est pas qu’une prouesse technique. Elle simplifie la gestion et la maintenance, et surtout elle évite les pièges des mises à jour imprévisibles ou des incompatibilités qui plombent souvent les déploiements à grande échelle. Pour une administration, c’est un gage de stabilité et de maîtrise totale.
Le projet DAWO : un écosystème complet sous contrôle
DAWO ne se limite pas au système d’exploitation. L’administration néerlandaise a assemblé une suite bureautique personnalisée, MijnBureau, qui combine des outils open source européens comme La Suite, OpenDesk, et Nextcloud. Chaque composant est publié en open source sur une plateforme étatique, garantissant transparence et possibilité d’audit.
Le fait de s’appuyer sur des briques européennes est tout sauf anecdotique. Cela réduit la dépendance technologique internationale et sécurise les échanges de données sensibles. Pour les acteurs publics, cela offre un contrôle direct sur leurs données — un impératif évident dans un contexte géopolitique tendu.
Le projet est encore en phase expérimentale, mais les résultats sont encourageants. Les portables utilisés pour les tests sont souvent de vieux modèles sur lesquels Windows 11 ne pourrait tout simplement pas tourner. DAWO ouvre ainsi une seconde vie à ces machines, une belle illustration de durabilité technologique.
Un mouvement européen plus large vers le logiciel libre et la souveraineté
Aux Pays-Bas, la transition vers DAWO s’inscrit dans une tendance européenne plus vaste. Lyon a, par exemple, commencé à déployer Linux et OnlyOffice dès 2025. En France, certaines institutions publiques abandonnent Microsoft 365 au profit d’alternatives libres. En Suisse, Berne teste même une migration massive de postes sensibles vers Linux.
Cette dynamique donne une bonne idée des enjeux : fiabilité, contrôle, coût et respect des données. Windows 11, avec ses exigences minimales toujours plus élevées, freine les administrations et pousse à repenser les infrastructures. Or, Linux, par sa nature modulaire et adaptable, s’adapte mieux aux réalités du terrain.
Ce virage ouvre aussi une réflexion sur l’écosystème logiciel en Europe. Pour beaucoup, le logiciel libre incarne une source d’innovation plus transparente, mais aussi un levier essentiel pour la souveraineté numérique. Ce travail patient est loin d’être un simple bricolage.
Les défis et les enseignements d’une migration à grande échelle
Passer de Windows à Linux dans une administration publique suppose une coordination fine. DAWO est conçu avec une approche où 80 à 90 % de la configuration est uniformisée d’une machine à l’autre. Cela facilite les déploiements et les maintenances. Pourtant, il faut prévoir des ajustements, notamment pour les applications métiers spécifiques.
Pour l’heure, le ministère ne prévoit pas de calendrier national contraignant. L’équipe privilégie la prudence, corrige les bugs remontés en test et prépare le terrain pour une adoption progressive. Choisir l’open source, c’est aussi accepter une montée en compétence indispensable, un paramètre qui sera suivi de près dans les années à venir.
Cette démarche est avant tout un pari sur le long terme. Offrir à l’État le contrôle de ses outils numériques, c’est comme prendre soin d’une vieille machinerie agricole : on la garde en état pour qu’elle dure, plutôt que de la remplacer par un tracteur clinquant dont on ne maîtrise ni le carburant ni les pièces.
Pour en savoir plus sur cette initiative et suivre les avancées du projet, on peut consulter des sources spécialisées comme FrAndroid ou encore ITdaily.
Pourquoi les Pays-Bas ont-ils choisi NixOS pour DAWO ?
NixOS offre une configuration scriptée et reproductible qui garantit la stabilité et la maîtrise complète des postes. Cette approche est idéale pour une administration publique cherchant à réduire les risques liés aux mises à jour et à la diversité des matériels.
Quels sont les avantages de DAWO comparé à Windows 11 ?
DAWO fonctionne sur des machines moins puissantes, offre un contrôle total du système et des données, et s’appuie sur une suite bureautique souveraine. Il évite aussi les contraintes liées au matériel et aux mises à jour imposées par Microsoft.
Le projet DAWO est-il prêt pour un déploiement national ?
La version stable n’est pas attendue avant fin 2027. Pour l’instant, DAWO est testé dans quelques communes, et le ministère préfère une approche progressive avec corrections avant un éventuel déploiement massif.
DAWO est-il un projet uniquement néerlandais ?
Le projet est conçu et piloté par les Pays-Bas. Cependant, il s’inscrit dans une tendance européenne où plusieurs pays expérimentent des alternatives open source pour réduire leur dépendance à Microsoft.
Quels outils bureautiques sont intégrés à DAWO ?
La suite MijnBureau utilise des composants open source européens comme La Suite, OpenDesk et Nextcloud. Tous les codes sont publiés en open source, ce qui assure transparence et autodétermination numérique.
Source: www.lesnumeriques.com